De la Bretagne à la Provence, chaque région a son secret
Ce nez qui coule, cette gorge qui gratte, cette fatigue qui te cloue au lit… Je sais. C'est exactement pour ça que je t'écris aujourd'hui.
Pendant quarante ans, j'ai vu défiler dans ma cuisine des nez rouges, des voix enrouées, des mines fatiguées. Ma propre fille, mes petits-enfants, les voisines… Tous sont venus chercher réconfort dans une tasse fumante et une recette qui venait de loin. Très loin, même.
Avant que les pharmacies ne poussent à chaque coin de rue, nos arrière-grands-mères avaient leurs armes secrètes. Et le plus fascinant ? Ces remèdes changeaient d'un terroir à l'autre. Une Bretonne ne soignait pas son rhume comme une Provençale. Un Alsacien avait ses potions, différentes de celles d'un Ch'ti.
Aujourd'hui, je t'emmène en voyage. De la côte atlantique aux champs de lavande, des marchés de Noël aux corons du Nord. Tu vas découvrir que la France tout entière était une immense pharmacie naturelle. Et que ces vieux remèdes ont encore beaucoup à nous apprendre sur la façon de traverser l'hiver sans s'effondrer.
Installe-toi confortablement, prépare-toi une couverture. On part en tournée.
Bretagne — Le Chouchen "Chasse-Grippe"
L'histoire d'un sorcier breton nommé Le Moal
1895, Rosporden, petit bourg du Finistère Sud. Cette année-là, l'influenza frappe fort. Les gens toussent dans les chaumières, tremblent de fièvre. Un certain Monsieur Le Moal, herboriste et apiculteur réputé, décide qu'il en a assez de voir ses voisins souffrir.
Il connaît le chouchen, cette boisson ancestrale à base de miel fermenté que les Celtes buvaient déjà il y a deux mille ans. Mais lui invente quelque chose de nouveau : le "Souchen", littéralement "le jus qui réchauffe". Sa recette ? Du chouchen traditionnel qu'il chauffe doucement, auquel il ajoute du miel de sarrasin épais comme de l'or, et du citron fraîchement pressé.
Le remède fait des miracles. Ou du moins, il réconforte tellement qu'on a l'impression de guérir plus vite.
Les cousins du chouchen dans l'Ouest
Ce que les Bretons bretonnants appellent "chouchen", d'autres régions de l'Ouest l'ont décliné à leur façon :
- En pays Gallo, on parle du "mez", plus sec, plus rustique
- Les Normands préféraient le "chamillard", à base de cidre et de camomille
- Dans les fermes vendéennes, on trouvait le "chufere", littéralement "jus féroce" – du cidre bouillant additionné de miel et d'un trait de calvados
Mais revenons à notre chouchen.
Ma recette du Chouchen "Chasse-Grippe"

Pour 1 grande tasse réconfortante :
- 200 ml de chouchen traditionnel (tu en trouves dans les épiceries fines)
- 2 cuillères à soupe de miel de sarrasin (ou miel de châtaignier si tu n'en as pas)
- Le jus d'un demi-citron bio
- 1 bâton de cannelle (facultatif mais tellement bon)
Préparation :
- Verse le chouchen dans une petite casserole
- Chauffe à feu très doux – il doit frémir, jamais bouillir (sinon l'alcool s'évapore et les arômes partent avec)
- Ajoute le miel et remue jusqu'à dissolution complète
- Presse le citron directement dans la casserole
- Laisse infuser le bâton de cannelle 2-3 minutes
- Verse dans ta plus belle tasse
- Bois par petites gorgées, bien au chaud sous un plaid
Mon astuce de Mamie : Si tu n'as pas de chouchen sous la main, remplace-le par 150 ml de cidre doux + 50 ml de miel liquide dilué dans un peu d'eau chaude. Ce n'est pas exactement pareil, mais ça fait le travail.
Pourquoi ça marche (vraiment)
Le miel de sarrasin est l'un des miels les plus riches en antioxydants. Une étude de l'Université d'État de Pennsylvanie a même montré que le miel était plus efficace que certains sirops contre la toux pour calmer les irritations nocturnes.
Le citron ? Une bombe de vitamine C, certes, mais surtout un excellent alcalinisant une fois métabolisé. Il aide ton corps à combattre l'acidité créée par l'inflammation.
Et la chaleur ? Elle fait du bien à ta gorge, dilate légèrement tes vaisseaux sanguins, et te permet de te détendre. Parce qu'un corps détendu se défend mieux qu'un corps stressé.
Je me souviens d'un hiver, il y a quinze ans. Mon petit-fils Hugo, alors âgé de huit ans, rentrait de l'école avec une mine de papier mâché. "Mamie, j'ai froid partout." Je lui ai préparé un bol de chouchen chaud (version enfant, sans alcool bien sûr – juste du jus de pomme chauffé avec du miel et du citron). Il l'a bu en regardant un dessin animé, roulé dans mon vieux châle en laine. Le lendemain matin ? Pas guéri, mais reposé. Apaisé. Et ça, c'est déjà énorme quand on est malade.
Alsace — Le Vin Chaud des Marchés de Noël
Des Romains à Strasbourg : 2000 ans d'histoire dans une tasse
Si tu te promènes sur les marchés de Noël de Strasbourg, Colmar ou Riquewihr en décembre, l'odeur te saisit avant même de voir les stands. Cette senteur d'orange, de cannelle, de vin épicé qui flotte dans l'air glacé… C'est le vin chaud alsacien, le Glühwein.
Mais sais-tu que cette boisson remonte à l'Antiquité romaine ?
Les légionnaires romains buvaient déjà le Conditum Paradoxum, une recette décrite par Apicius au Ier siècle : du vin mélangé à du miel, du poivre, des dattes, du safran. L'objectif ? Se réchauffer lors des longues campagnes militaires dans les provinces froides du Nord.
Au Moyen Âge, les moines alsaciens ont perfectionné la recette. Ils y ont ajouté les épices venues d'Orient par les routes commerciales : cannelle de Ceylan, clous de girofle, muscade. Le vin chaud devient alors un remède apprécié contre les "refroidissements de l'hiver".
C'est au XIXe siècle, avec l'apparition des premiers marchés de Noël, que le vin chaud alsacien prend sa forme actuelle.
La recette de Riquewihr (celle des initiés)

Pour 1 litre (4 à 6 personnes) :
- 1 bouteille (75 cl) de Pinot noir d'Alsace
- 300 g de sucre roux
- 2 tranches épaisses de pain d'épices alsacien
- 1 orange bio piquée de 6 clous de girofle
- 2 bâtons de cannelle de Ceylan
- 1 gousse de vanille fendue en deux
- 2 étoiles de badiane (anis étoilé)
- 25 cl d'eau
Préparation (la vraie, l'authentique) :
- Dans une grande casserole, verse le vin, l'eau et le sucre
- Ajoute toutes les épices et l'orange piquée
- Émmiette grossièrement le pain d'épices dans le mélange (c'est LE secret alsacien – il épaissit légèrement et ajoute une douceur incomparable)
- Chauffe à feu très doux pendant 20 minutes
- Règle d'or : le vin doit "frissonner", jamais bouillir. Si ça bout, tu perds l'alcool et les arômes subtils s'envolent
- Filtre avant de servir dans des mugs épais
- Décore avec une rondelle d'orange séchée
Le secret que m'a confié ma voisine Greta, native de Colmar : Prépare ton vin chaud la veille et laisse-le reposer une nuit au frais. Le lendemain, réchauffe-le doucement. Les épices auront eu le temps de bien infuser, et le goût sera dix fois plus profond.
Ce que dit la science (discrètement)
La cannelle contient du cinnamaldéhyde, une molécule aux propriétés anti-inflammatoires reconnues. Elle aide à calmer les irritations des voies respiratoires.
Les clous de girofle sont riches en eugénol, un anesthésiant naturel. C'est pour ça que nos grands-mères en mettaient sur les dents douloureuses.
Mais surtout, la chaleur du vin chaud a un effet mécanique important : elle ralentit temporairement la réplication des virus du rhume, qui préfèrent les températures fraîches du nez et de la gorge.
L'accompagnement parfait
En Alsace, on ne boit pas le vin chaud seul. On le sirote en grignotant :
- Des bredele (petits biscuits de Noël aux épices)
- Un morceau de kouglof moelleux
- Des manele (bonshommes en brioche)
Parce que quand tu es malade, tu as besoin de douceur. Sous toutes ses formes.
Provence — La Pharmacie du Soleil
Quand la garrigue devient apothicaire
Ferme les yeux. Imagine-toi au pied du Mont Ventoux, en plein mois de juillet. Le soleil tape, les cigales chantent à tue-tête, et sous tes pas crissent le thym, le romarin, la lavande. Cette odeur… Elle te monte directement au cerveau, puissante, presque entêtante.
Nos ancêtres provençaux n'avaient pas besoin de chercher loin leurs remèdes. La garrigue entière était une pharmacie à ciel ouvert.
Depuis l'Antiquité, la médecine méditerranéenne repose sur ces plantes du soleil. Les Grecs utilisaient déjà le thym pour purifier l'air lors des épidémies. Les Romains brûlaient du romarin dans leurs maisons pour "chasser les miasmes". Les moines du Moyen Âge cultivaient la lavande pour ses vertus apaisantes.
Quand le rhume frappe en Provence, on ne court pas à la pharmacie. On monte à la colline, on cueille, on infuse.
Le trio sacré : thym, romarin, lavande

Ces trois-là forment l'alliance parfaite contre le rhume.
Le thym (Thymus vulgaris) : C'est le chef de guerre. Ses feuilles minuscules concentrent du thymol et du carvacrol, deux molécules aux propriétés antiseptiques si puissantes que l'industrie pharmaceutique les utilise dans certains médicaments contre la toux.
Le romarin (Rosmarinus officinalis) : Le stratège. Il stimule le système immunitaire, aide à la concentration (utile quand le rhume te transforme le cerveau en bouillie), et possède des vertus expectorantes.
La lavande (Lavandula angustifolia) : La guérisseuse douce. Elle n'attaque pas le rhume de front, mais elle t'aide à dormir. Et le sommeil, c'est la moitié de la bataille.
Ma "Tisane du Berger" (la recette de ma cousine Marceline d'Apt)
Pour 1 grande théière (500 ml) :
- 1 cuillère à soupe bien remplie de thym sauvage séché
- 1 pincée de fleurs de lavande séchées (pas plus, sinon ça devient savonneux)
- 1 beau brin de romarin frais (ou 1 c.à.c de romarin séché)
- 1 cuillère à soupe de miel de lavande ou de garrigue
- Facultatif : 1 rondelle de citron
Préparation :
- Fais chauffer 500 ml d'eau jusqu'à frémissement (pas d'eau bouillante qui détruit les huiles essentielles)
- Place toutes les herbes dans ta théière
- Verse l'eau frémissante
- Couvre et laisse infuser 15 minutes (c'est long, mais nécessaire pour extraire tous les principes actifs)
- Filtre dans ta tasse
- Ajoute le miel (jamais avant, la chaleur détruit une partie des enzymes du miel)
- Bois lentement, en inspirant bien les vapeurs aromatiques
Mon rituel de Mamie : Je bois cette tisane trois fois par jour dès les premiers picotements de gorge. Une le matin au réveil, une en milieu d'après-midi, une dernière juste avant de me coucher. Et je garde toujours un plaid sur les genoux pendant que je bois. La chaleur extérieure aide la chaleur intérieure.
Ce que disent les études (sans jargon médical)
Une recherche publiée dans le Journal of Medicinal Food a confirmé que le thym possède une activité antimicrobienne significative contre plusieurs souches de bactéries et virus respiratoires.
Le romarin, lui, contient de l'acide rosmarinique, un antioxydant qui aide à réduire l'inflammation des muqueuses. Concrètement ? Moins de congestion nasale.
Quant à la lavande, des études ont montré qu'elle améliore la qualité du sommeil. Et quand tu dors mieux, ton système immunitaire fonctionne mieux. C'est aussi simple que ça.
Mon souvenir provençal
Il y a vingt ans, je suis allée passer une semaine chez ma cousine Marceline, dans sa bastide près d'Apt. J'avais attrapé un méchant rhume dans le train. Marceline m'a regardée arriver avec ma mine défaite et m'a dit : "Repose-toi, je m'occupe de tout."
Pendant trois jours, elle m'a gavée de sa tisane du berger, de soupe à l'épeautre et à l'ail, de fromage de chèvre frais. Le matin, elle m'apportait mon bol fumant au lit. Le soir, elle ajoutait quelques gouttes d'huile essentielle d'eucalyptus dans un bol d'eau chaude pour que je fasse des inhalations.
Je me souviens de l'odeur de cette maison. Le thym qui séchait en bouquets suspendus aux poutres. La lavande dans de petits sachets en lin. Le romarin frais dans un vase sur la table.
Au quatrième jour, j'allais mieux. Mais surtout, j'avais compris quelque chose : soigner un rhume, ce n'est pas juste avaler des médicaments. C'est prendre soin de soi, ralentir, se reconnecter à des gestes simples.
Nord & Flandres — Le Lait de Poule de Marguerite Yourcenar
Une écrivaine, une tempête, et 25 cl de rhum
Petite histoire croustillante pour commencer.
Marguerite Yourcenar, immense autrice française, première femme élue à l'Académie française, vivait ses dernières années dans une maison isolée du Maine, aux États-Unis. Son biographe raconte qu'en plein hiver, lorsqu'elle travaillait tard sur ses manuscrits, elle se préparait un lait de poule très spécial : jaune d'œuf, lait chaud, sucre, muscade… et 25 centilitres de rhum brun.
"Ça me tient chaud et ça me garde l'esprit clair", disait-elle.
Bon, 25 cl de rhum, c'est peut-être un peu sportif pour un rhume. Mais l'idée est là : dans le Nord de la France et en Flandre, le lait de poule fait partie des remèdes de grand-mère indétrônables.
Des origines médiévales anglaises
Le lait de poule, ou "lait de poule battu", vient du "posset" médiéval anglais, une boisson chaude à base de lait caillé, d'ale (bière) et d'épices. Au XIIIe siècle, c'était le remède de choix des moines et des seigneurs contre les refroidissements.
La recette traverse la Manche et s'installe dans le Nord de la France, où elle se simplifie et se raffine. On retire la bière, on ajoute l'œuf (plus nourrissant), on incorpore un alcool fort pour "tuer les microbes" (spoiler : ça ne tue pas les virus, mais ça réchauffe sacrément).
Dans les corons du Nord, les mineurs rentraient du travail gelés, couverts de poussière noire, la gorge irritée. Leurs femmes leur préparaient un lait de poule bien chaud, servi dans un bol épais. C'était à la fois un remède, un repas, et un réconfort.
Ma recette du Lait de Poule "réconfortant" (version raisonnable)

Pour 1 personne bien emmitouflée :
- 1 jaune d'œuf très frais (bio de préférence)
- 200 ml de lait entier
- 1 cuillère à soupe de sucre roux
- 1 pincée de muscade fraîchement râpée
- Facultatif : 2 cl de rhum ambré ou de cognac (pour les adultes qui ne conduisent pas après)
Préparation :
- Dans un bol, fouette énergiquement le jaune d'œuf avec le sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse et mousse
- Fais chauffer le lait dans une casserole jusqu'à ce qu'il soit bien chaud (mais pas bouillant, sinon l'œuf va cuire)
- Verse le lait chaud en filet sur le mélange œuf-sucre, en fouettant constamment
- Remets le tout dans la casserole et chauffe à feu très doux en remuant sans arrêt pendant 2-3 minutes (la texture doit devenir légèrement crémeuse, comme une crème anglaise très liquide)
- Retire du feu
- Ajoute le rhum si tu en utilises
- Verse dans un grand mug
- Râpe un peu de muscade fraîche par-dessus
- Bois lentement, en savourant chaque gorgée
Attention : Ce remède contient de l'œuf cru. Si tu es enceinte, immunodéprimée, ou si tu prépares ça pour un jeune enfant, fais cuire l'œuf complètement (porte le mélange à 70°C en remuant constamment).
Pourquoi ça marche (et pourquoi nos grands-mères avaient raison)
L'œuf apporte des protéines de haute qualité qui aident ton corps à fabriquer les anticorps dont il a besoin pour combattre l'infection.
Le lait entier contient des lipides qui tapissent ta gorge irritée et lui offrent un répit temporaire.
La muscade a de légères propriétés anti-inflammatoires et digestives. Et son parfum chaleureux a un effet psychologique non négligeable : il sent Noël, la maison, le cocon.
Quant à l'alcool (si tu en mets), il dilate les vaisseaux sanguins et procure une sensation de chaleur. Mais honnêtement ? Ce n'est pas l'ingrédient essentiel. La version sans alcool fonctionne tout aussi bien.
Mon astuce de Mamie pour les enfants
Pour mes petits-enfants, je prépare une version "goûter réconfortant" :
- Je remplace le jaune d'œuf cru par un œuf entier que je cuis à la coque
- Je mixe l'œuf cuit avec le lait chaud, le sucre et la muscade
- J'ajoute une goutte d'extrait de vanille
- Je sers avec des mouillettes de pain d'épices
Ils adorent. Et ça les nourrit vraiment quand ils ont peu d'appétit à cause du rhume.
Les Autres Trésors Régionaux
La France ne s'arrête pas à quatre régions. Chaque coin de pays a développé ses propres armes anti-rhume. Petit tour d'horizon éclair des autres pépites.
Normandie : Le Calvados Chaud au Cidre et Miel
Dans les fermes normandes, on ne rigole pas avec le froid. Le remède traditionnel ? Du cidre brut chauffé avec une cuillère de miel de pommier et un petit verre de calvados.
L'astuce : Ajoute une branche de sauge fraîche pendant l'infusion. La sauge est un excellent antiseptique naturel pour la gorge.
Pays Basque : Le Piment d'Espelette dans la Soupe
Les Basques ont compris quelque chose d'essentiel : le piquant dégage les sinus.
Leur remède ? Une soupe de poule bien chaude, agrémentée d'une pincée de piment d'Espelette. Pas assez pour te brûler la langue, juste assez pour faire couler ton nez et dégager tes bronches.
Bonus : le piment contient de la capsaïcine, qui a des propriétés analgésiques (elle soulage la douleur).
Bourgogne : Le Vin Chaud au Cassis
Les Bourguignons ont leur propre version du vin chaud : ils remplacent une partie du vin par de la crème de cassis.
Résultat ? Une boisson plus douce, moins tannique, et bourrée de vitamine C (le cassis en contient quatre fois plus que l'orange).
Recette express : 15 cl de vin rouge, 5 cl de crème de cassis, 1 c.à.s de miel, 1 bâton de cannelle. Chauffe doucement, ne fais pas bouillir.
Auvergne : La Gentiane, Remède des Montagnards
Dans les montagnes du Massif central, on utilise la gentiane jaune depuis des siècles. Cette plante amère stimule la digestion et tonifie l'organisme.
Le remède auvergnat ? Une infusion de racine de gentiane (trouvable en herboristerie) mélangée à du miel de montagne.
Attention : C'est très, très amer. Mais extrêmement efficace pour redonner de l'énergie à un corps fatigué par l'infection.
Ton Remède Selon Ta Région
Tu te demandes par où commencer ? Voici mon conseil selon l'endroit où tu vis.
Si tu habites près de la mer (Atlantique, Manche) : Le chouchen chaud ou le cidre épicé. L'air marin fatigue les voies respiratoires, ces boissons douces et sucrées les apaisent.
Si tu vis dans l'Est (Alsace, Lorraine, Franche-Comté) : Le vin chaud aux épices est ton allié. L'hiver y est rude, il faut des remèdes qui réchauffent en profondeur.
Si tu es dans le Sud (Provence, Languedoc, Côte d'Azur) : Les tisanes de plantes aromatiques sont parfaites. Tu as accès aux meilleures herbes du pays, profite-en.
Si tu vis dans le Nord (Hauts-de-France) : Le lait de poule est fait pour toi. Nourrissant, réconfortant, il te donne la force de tenir face au vent et à l'humidité.
Si tu es en ville, loin des terroirs : Pas de panique. Choisis le remède qui te parle le plus, celui dont les ingrédients te sont accessibles. L'important n'est pas l'authenticité géographique, c'est le soin que tu te donnes.
Et toi, quel est le remède de TA grand-mère ?
Je serais curieuse de savoir : dans ta famille, qu'est-ce qu'on te préparait quand tu étais malade ?
Un grog au rhum ? Une soupe mystérieuse ? Une tisane dont tu ne connaissais pas le nom des plantes ?
Ces recettes-là, ce sont des trésors. Même si elles te semblent "bizarres" ou "dépassées". Elles portent en elles des siècles de transmission, d'attention, d'amour.
N'hésite pas à les noter, à les tester, à les transmettre à ton tour. Parce que ces gestes-là, ils se perdent vite. Et ce serait dommage.
La France a Toujours Su Prendre Soin d'Elle
Voilà, tu connais maintenant les quatre grands remèdes régionaux qui ont traversé les siècles :
- Le chouchen breton — doux, miellé, réconfortant comme un câlin
- Le vin chaud alsacien — épicé, chaleureux, festif même dans la maladie
- La tisane provençale — aromatique, puissante, efficace
- Le lait de poule du Nord — nourrissant, fortifiant, enveloppant
Quatre régions, quatre philosophies, un seul objectif : prendre soin de toi quand ton corps te dit stop.
Ces remèdes ne sont pas des médicaments miracles. Ils ne vont pas "tuer" ton rhume en deux heures. Mais ils vont t'aider à mieux le traverser. À te sentir entourée, au chaud, nourrie. À ralentir, à t'écouter, à te donner ce dont tu as besoin.
Parce que c'est ça, finalement, le vrai secret de nos grand-mères : elles savaient que soigner, ce n'est pas seulement agir sur les symptômes. C'est aussi prendre soin de l'humain dans son ensemble. Corps, cœur, âme.
Alors la prochaine fois que tu sens ton nez qui picote et ta gorge qui gratte, ne cours pas immédiatement à la pharmacie. Prends le temps de te préparer l'un de ces remèdes. Assieds-toi, enroule-toi dans une couverture, bois lentement.
Et surtout, repose-toi. Vraiment.
Ces remèdes traditionnels sont des compléments de confort, pas des substituts à un avis médical. Si ton rhume dure plus de 10 jours, si tu as de la fièvre élevée, des difficultés respiratoires ou des douleurs importantes, consulte un professionnel de santé.