Vous vous mouchez tranquillement le matin, et là, sur le papier, une tache rouge. Ou pire : vous vous réveillez avec une trace rosée sur l'oreiller. Premier réflexe : le petit pincement au cœur. « Mais qu'est-ce que c'est ? C'est grave, docteur ? »
Trente ans d'école maternelle, j'ai vu plus de nez qui saignent que de dictées. Les petits viennent me voir en récréation, le menton rouge, paniqués. Ma première phrase était toujours la même : « Ce n'est rien du tout, on va arrêter ça en deux minutes. » Et dans l'immense majorité des cas, c'était vrai. Le nez qui saigne, c'est angoissant parce que c'est du sang, tout simplement. Mais c'est l'un des petits tracas les plus fréquents et les plus bénins qui existent — à condition de connaître les bons gestes, parce que la méthode de nos grands-mères (la tête en arrière !) est justement la seule qu'il ne faut PAS faire.
Pourquoi le nez saigne ? (Les causes)
D'abord, déculpabilisons : saigner du nez n'a rien à voir avec un manque d'hygiène ni avec « du mauvais sang ». C'est presque toujours une question de plomberie.
La zone fragile : le petit réseau de l'entrée du nez
À l'entrée de vos narines, à moins d'un centimètre, se trouve un petit réseau de vaisseaux très fins, serrés les uns contre les autres sur une muqueuse ultrafine. C'est ce que les médecins appellent la zone de Kiesselbach — moi j'appelle ça « le nœud de vaisseaux ». Cette muqueuse est si proche de la surface qu'un mouchage un peu énergique ou une croûte qui se décolle suffit à l'ouvrir. C'est pourquoi, d'ailleurs, ça saigne presque toujours de la même narine.
L'air sec : l'ennemi numéro un en automne et en hiver
Dès qu'on rallume le chauffage, l'air de la chambre devient plus sec que le désert du Sahara, je vous assure. La muqueuse s'assèche, se craquelle comme une terre battue en été — et chaque croûte qui gratte, qui se décolle, rouvre la petite fuite. Mon mari Jean-Claude, tous les mois d'octobre sans exception, dès la première semaine de radiateurs : « Encore mon nez ! » Ce n'est pas une coïncidence.
Les agressions répétées
Le rhume et les allergies gonflent et fragilisent la muqueuse. Les mouchoirs en papier frottés dix fois par jour l'écorchent. Et je vais être honnête comme toujours : le doigt dans le nez (celui des enfants, mais on le sait tous, pas seulement le leur) est la cause numéro un des saignements chez les petits. En récréation, je le voyais tous les jours.
La chaleur
Quand il fait chaud, les vaisseaux se dilatent — c'est pour ça que « nez qui saigne chaleur » est une vraie question d'été. Effort, hammam, soleil plombé : le sang afflue vers la muqueuse et la petite zone fragile lâche plus facilement.
Les médicaments et la tension
L'aspirine et les anticoagulants fluidifient le sang : un petit vaisseau qui aurait cicatrisé en deux minutes met plus de temps à se refermer. L'alcool, lui, dilate les vaisseaux. Quant à l'hypertension, elle ne déclenche pas un saignement toute seule, mais elle peut entretenir celui qui a commencé.
Les causes plus rares
Une déviation de la cloison, des polypes, un choc, ou plus rarement un trouble de la coagulation. C'est pour ces cas-là qu'il y a une liste de signaux à connaître, plus bas.
Les 8 remèdes et gestes de Mamie

1. La tête penchée en AVANT (et pas en arrière !)
C'est LE geste à connaître, et il faut abandonner la méthode de nos grands-mères. Pencher la tête en arrière envoie le sang dans la gorge : on ne voit plus si ça saigne encore, on avale du sang (bonjour les nausées), et on croit que c'est arrêté alors que ça continue derrière. Asseyez-vous, penchez la tête en avant, et respirez par la bouche.
Comment faire :
- Assis, penchez la tête en avant, menton vers la poitrine
- Pincez fermement les ailes du nez (les parties molles) avec le pouce et l'index
- Tenez 10 minutes sans lâcher (une horloge, pas un compte de tête : on croit toujours que 10 minutes sont passées au bout de 2)
- Recrachez le sang qui va dans la gorge, ne l'avalez pas
2. Le froid sur la nuque
Le froid resserre les vaisseaux — c'est mécanique. L'astuce de l'instit : un linge ou un petit sac de glaçons enveloppé dans un torchon, posé sur la nuque ou sur l'arête du nez. Mes petits élèves trouvaient ça très amusant, « Mamie, vous refroidissez ma tête ! » — mais ça marche.
Comment faire :
- Quelques glaçons dans un linge propre (jamais la glace directement sur la peau)
- Poser sur la nuque ou l'arête du nez, 5 minutes
- À renouveler si besoin, en gardant le pincement pendant ce temps
3. Le mouchage doux avant de pincer
Ça paraît contre-intuitif, et pourtant : si un caillot s'est formé dans la narine, il agit comme un bouchon imparfait qui entretient le saignement derrière lui. On mouche doucement ce caillot, on mouche les caillots une fois, proprement, et ensuite on pince. C'est ce que font les ORL, et Marie-France, ma voisine herboriste, l'a appris de son médecin il y a quarante ans.
Comment faire :
- Mouchez-vous doucement, narine par narine, UNE fois pour évacuer le caillot
- Pas de soufflage en trompette, un souffle lent
- Ensuite, pincez 10 minutes selon le geste n°1
4. La compresse d'hamamélis
L'hamamélis (aussi appelée noisetier de sorcière) est l'astringent préféré des herboristes : il resserre les tissus et calme les petites fuites. Marie-France m'en donne une bouteille chaque automne — c'est mon flacon « radiateurs ».
Comment faire :
- Quelques gouttes d'eau d'hamamélis (en pharmacie ou magasin bio) sur un coton propre
- Appliquez à l'entrée de la narine, du côté qui saigne, en gardant le pincement
- Jamais de coton laissé en place dans le nez : il colle à la plaie en séchant et la rouvre quand on l'enlève
- 2 fois par jour en période de croûtes, en dehors des saignements
5. Le sérum physiologique tous les jours
C'est le remède le plus simple de toute la liste : une muqueuse bien hydratée ne se craquelle pas. Une dosette de sérum physiologique (ou un spray d'eau de mer isotonique) dans chaque narine, matin et soir, et les croûtes ne se forment presque plus.
Comment faire :
- 1 dosette de sérum physiologique par narine, matin et soir
- Ou 1 à 2 pulvérisations d'eau de mer isotonique par narine
- Tous les jours de la saison des radiateurs, d'octobre à mars
6. La vaseline au bord des narines le soir
Une noix de vaseline pure appliquée au bord des narines crée un petit film qui retient l'humidité de la muqueuse pendant la nuit. C'est ce que je fais pour Jean-Claude — enfin, c'est ce que JE lui rachète, parce que de lui-même, il n'y penserait jamais !
Comment faire :
- Un tout petit peu de vaseline pure sur un coton-tige
- Appliquez au bord de chaque narine, juste à l'entrée
- Le soir au coucher, tous les soirs pendant la période sèche
7. Le bol d'eau sur le radiateur
L'astuce de Mamie par excellence, celle qu'on se transmet. Un bol d'eau posé sur ou près du radiateur de la chambre relâche de l'humidité toute la nuit. L'air sec est la cause numéro un des saignements d'automne : c'est le remède qui attaque la racine du problème. (Et si vous avez un humidificateur électrique, c'est encore mieux — visez 40 à 50 % d'humidité.)
Comment faire :
- Un bol d'eau large posé sur le radiateur ou la tête de lit
- À remplir chaque soir pendant la saison de chauffe
- À nettoyer une fois par semaine pour éviter les dépôts
8. La tisane d'ortie et les petits fruits de la saison
De l'intérieur, cette fois. L'ortie piquante est la plante traditionnelle des saignements répétés (elle est astringente et riche en vitamine C), et les fruits riches en flavonoïdes — cassis, myrtilles, agrumes — tonifient les parois des petits vaisseaux. C'est la cure de fond de Marie-France pour ses clients « qui saignent à chaque mouchage ».
Comment faire :
- 1 cuillère à soupe d'ortie séchée pour 500 ml d'eau frémissante, infuser 10 minutes à couvert
- 1 à 2 tasses par jour, en cure de 3 semaines, pause d'une semaine
- À accompagner chaque jour d'un fruit riche en vitamine C (kiwi, orange, cassis)
Ce qui aggrave le problème (arrêtez tout de suite)
- Se moucher en trompette : souffler comme un olifant décolle les croûtes à peine formées. Un souffle lent, narine par narine, et en période fragile, mouchez-vous en ouvrant la bouche.
- Le doigt dans le nez : je ne vais pas faire la morale, mais c'est mathématique — un vaisseau qui vient de cicatriser ne tient pas un ongle.
- La climatisation et le chauffage à fond : ces deux-là dessèchent l'air en quelques heures. 19 °C dans la chambre, un bol d'eau, et tout va mieux.
- Le tabac : la fumée irrite la muqueuse en permanence et ralentit la cicatrisation.
- L'aspirine en automédication : si vous avez le nez fragile, demandez conseil à votre pharmacien avant de prendre de l'aspirine ou de l'ibuprofène pour un autre bobo — ils fluidifient le sang.
- L'alcool le soir : il dilate les vaisseaux de la face ; les lendemains de fête, les nez fragiles saignent plus volontiers.
Quand consulter un médecin
Ne paniquez pas, mais prenez rendez-vous (ou appelez) si :
- Le saignement dure plus de 15 à 20 minutes malgré un pincement bien fait
- Les saignements se répètent plusieurs fois par semaine sans cause évidente
- Vous prenez des anticoagulants ou votre tension n'est pas contrôlée
- Le saignement a commencé après un choc ou une chute sur le nez
- Les deux narines saignent, ou vous remarquez d'autres saignements (gencives qui saignent, bleus qui apparaissent sans choc) → une prise de sang simple vérifie les plaquettes et la coagulation
- Vous vous sentez fatigué, pâle, essoufflé en plus des saignements répétés
- Un enfant de moins de 2 ans saigne du nez (c'est rare à cet âge, ça se vérifie)
- Le saignement s'accompagne de fièvre et de petites taches rouges sur la peau → consultez rapidement
Un ORL a vu ça des milliers de fois — il existe même un petit geste de cinq minutes en cabinet (une mouchette ou une petite cautérisation) qui règle définitivement un vaisseau trop fragile. Ce n'est pas une honte d'avoir un nez qui saigne, c'est de la petite plomberie, pas une maladie.
Mon protocole complet (celui de Jean-Claude, chaque automne)
Dès la première semaine de chauffage, le protocole démarre à la maison :
Le matin :
- 1 dosette de sérum physiologique par narine
- 1 tasse de tisane d'ortie au petit-déjeuner
Le soir :
- 1 dosette de sérum physiologique par narine
- Un peu de vaseline au bord des narines
- Le bol d'eau rempli sur le radiateur
Au moment d'un saignement :
- Tête penchée en avant, pincement 10 minutes au chrono
- Glaçons dans un linge sur la nuque
- Un mouchage doux du caillot, puis on repince
Résultat réaliste : en dix jours de protocole, les croûtes disparaissent, et Jean-Claude passe d'un saignement par semaine à rien du tout jusqu'au printemps. Pas un miracle — juste de l'humidité et de la douceur. Quand il arrête (parce qu'il oublie, c'est plus fort que lui), ça revient en une semaine.
Les questions qu'on n'ose pas poser
Pourquoi c'est toujours la même narine qui saigne ? Parce que la zone fragile se trouve à l'entrée des deux narines, mais qu'une fois qu'un vaisseau a lâché d'un côté, la croûte qui se forme se décolle au moindre mouchage et le même petit vaisseau resaigne, encore et encore. Ce n'est pas un mauvais signe — c'est le même coupable qui recommence.
J'ai avalé du sang, c'est grave ? Non, une petite quantité ne présente aucun danger — c'est juste désagréable et ça peut donner envie de vomir. Mais si on penche la tête en avant, on en avale bien moins, et ce qui descend dans la gorge, on le recrache.
On peut mettre du coton ou du papier dans la narine ? Le papier, jamais : il se délite, ses fibres collent à la plaie et la rouvrent au retrait. Le coton-tige laissé en place, non plus (il sèche et colle). La bonne méthode, c'est le pincement des ailes du nez — la narine se bouche d'elle-même par le caillot, elle n'a pas besoin de bouchon artificiel.
C'est lié à ma tension, je le sens bien ? C'est plus subtil que ça. L'hypertension ne déclenche pas, en général, un saignement de nez. Mais la frayeur d'un saignement peut faire grimper la tension sur le moment, et une tension élevée peut retarder l'arrêt d'un saignement commencé. Si votre nez saigne souvent et que vous ne connaissez pas votre tension, profitez-en pour la faire prendre en pharmacie — c'est gratuit et ça prend deux minutes.
Pourquoi ça saigne surtout la nuit ? Parce que la chambre chauffée à fond est l'endroit le plus sec de la maison, parce qu'allongé, le sang afflue davantage à la tête, et parce qu'on se frotte le nez en dormant sans s'en rendre compte. Le bol d'eau et la vaseline règlent les deux premiers — le frottement, c'est entre vous et votre sommeil !
Un nez qui saigne, c'est le signe d'une maladie grave ? Dans l'immense majorité des cas, non : c'est un petit vaisseau de surface, sur une muqueuse sèche ou égratignée. Les vrais signaux d'alerte sont listés plus haut (saignements des deux côtés, bleus faciles, fatigue, fièvre avec taches) et ils se vérifient avec une simple prise de sang. Le sang panique toujours plus qu'il ne faut — c'est rouge, c'est voyant, mais dans le nez, c'est presque toujours de la petite plomberie.
Je ne suis pas médecin. Cet article partage des gestes de premiers secours et des remèdes traditionnels d'hydratation. Un saignement de nez qui dure plus de 20 minutes malgré un pincement bien fait, qui revient très souvent, ou qui s'accompagne d'autres signes inhabituels (bleus faciles, fatigue, fièvre, prise d'anticoagulants) doit être montré à un médecin. En cas de saignement abondant après un choc, consultez en urgence.